Le milieu de travail devrait constituer un modèle de résolution des problèmes de santé environnementale.

Il est en effet étudié plus complètement et depuis plus longtemps et concentre le plus grand nombre de facteurs, pouvant ainsi fournir des éléments de compréhension face aux risques d'expositions plus diffuses caractéristiques d'autres milieux environnementaux.

Rapport de la commission au plan national Santé Environnement, 2004

Milieu naturel

Milieu construit par l'homme

Maladies éliminables

Nous qualifions les maladies directement dues à l’environnement construit par l’homme de « maladies éliminables ».

Elles se distinguent en effet par le fait que leurs causes, c’est-à-dire les éléments nocifs de l’environnement construit (et de l’organisation qui y correspond), peuvent toujours être éradiquées. Leur prévention est donc toujours possible, immédiatement ou graduellement.

La réalisation d’un environnement privé d’éléments nocifs est le but de l’activité d’évaluation « a priori » des risques. Mais cette activité ne peut s’autoréguler (vérifier ses résultats afin de mieux s’adapter à la réalisation de ses buts), que si elle dispose de toutes les informations relatives aux atteintes avérées, quand elles résultent de la réalisation d’un risque (feedback).

En d’autres termes, nous avons besoin d’un système doté de terminaux capables de rechercher d’enregistrer et d’utiliser toutes les informations relatives aux effets de l’environnement sur la santé des hommes. Les médecins généralistes, sur la base de leur approche globale, peuvent jouer un rôle essentiel dans la réalisation d’une situation de contrôle de l’information sur la santé environnementale.

L’expérience réalisée à petite échelle dans la commune de Port-de-Bouc et son bassin d’emploi (le Système d’Information Concret) témoigne « en actes » de la faisabilité d’un tel système (VOIR la vidéo). Le milieu social et les organisations qui le « modélisent » présentent tous les « ingrédients » nécessaires à la construction d’un système capable d’autorégulation, au moins du point de vue de la connaissance du risque : il faut les utiliser.



Ecart entre information formalisée et non formalisée

Les seules données formalisées disponibles sur les maladies provoquées par le milieu de travail sont les statistiques des maladies professionnelles de l’Assurance Maladie. Elles sont systématiquement avancées pour illustrer un recul ou une avancée d’un risque alors même que chacun reconnaît leurs limites :

La représentation du risque réel, avéré, est donc profondément distordue par l’utilisation de critères inadéquats. Alors que tout demande une approche par « micro-milieux », par « niches écologiques », on ne dispose d’aucune liste des postes de travail nocifs, ayant déjà causé les maladies reconnues. Pourtant, « nous ne changerons pas nos comportements, et il faut qu’ils changent, si nous ne changeons pas d’instruments de mesure » (Henri Guaino, lors de la publication du rapport Stiglitz : VOIR la vidéo).



Persistance des mêmes maladies aux mêmes postes de travail

Conséquence majeure de ces distorsions : l’absence d’utilisation de ce qu’on connaît (et mémorise) déjà, c’est-à-dire les données sur les postes de travail ayant causé des maladies professionnelles reconnues. L’organisme qui indemnise les victimes, et qui ne peut le faire que s’il identifie les postes de travail qu’elles ont « touché », n’est en effet pas tenu de publier la liste des situations qui ont été assainies après indemnisation. L’assainissement des postes de travail ayant déjà provoqué des maladies professionnelles reconnues devrait pourtant être un indicateur fondamental dans l’évaluation des résultats de l’activité destinée à réduire le nombre de maladies causées par le milieu de travail. Ce comportement « garanti » qu’il y aura certainement d’autres cas au même poste de travail. Ceci se vérifie même pour une maladie dans laquelle le rapport spécifique entre l’agent causal et la lésion intervient sans effets différés : la surdité provoquée par l’exposition chronique aux bruits lésionnels. Dans le cas des atteintes auditives, pourtant, les résultats de l’assainissement d’un poste de travail sont facilement mesurables par l’analyse des audiogrammes des sujets exposés : un milieu assaini ne produit pas d’aggravation notable chez les sujets déjà atteints, et il ne conduit pas à l’apparition de nouveaux cas parmi les autres sujets exposés.



Valeur de l’expérience « terroirisée », brute

« Utiliser l'immense potentiel d'informations en provenance des opérateurs (le "géant dormant") pour identifier avec précision le scénario qui a conduit à la réalisation de l'événement redouté, disséminer cette source d'information auprès de tous afin d'éviter sa répétition dans des situations analogues et, par l'analyse de ces données, faire apparaître les problèmes latents, méconnus de prime abord, n'est plus un mythe. C'est devenu une réelle potentialité, permise par les nouvelles technologies de l'information »(Alain Didier, vice-président de l'Académie Nationale de l'Air et de l'Espace).
Quand on utilise l’expérience de ceux qui travaillent pour rechercher les causes de maladies dans leur environnement, c’est-à-dire dans des postes de travail donnés, identifiés dans le contexte de leurs « spécificités locales » (négatives ou positives), on produit une information qui diverge nettement de l’information formalisée traditionnelle (voir notre rapport sur les cancers).

En effet, cette expérience (que nous qualifions d' « expérience brute », en attente d'élaboration), est riche de déterminations et de modèles de lecture du rapport entre la santé et le milieu de travail. Elle intègre des souvenirs relatifs aussi bien aux changements - positifs ou négatifs - intervenus, qu'à l’état de santé des autres travailleurs au même poste de travail, ceux qui s'y trouvent encore comme ceux qui l’ont abandonné. Elle contient aussi la plupart des éléments utiles à l’identification des solutions à apporter au problème de l’assainissement.

L'expérience des opérateurs est déjà étudiée et mémorisée, mais exclusivement pour la partie qui est susceptible d'enrichir ou d'accélérer le processus de travail. L'expérience de l'influence des conditions de travail sur la santé (généralement en sens négatif mais pas exclusivement) ne fait pas l'objet d'une attention suffisante, elle n’est presque jamais formalisée.*



Utilisabilité du Web Internet pour dépasser l’écart entre information brute et information formalisée

Tout indique que le processus de mondialisation aggrave les conditions de travail. Dans les pays émergeants, mais aussi dans les « vieux » pays industrialisés, à travers l’exploitation de la main d’œuvre immigrée (le plus souvent dans l’intérim et la sous-traitance).

Dans ce contexte, la construction d’un Cadastre des postes de travail sur le Web Internet peut ouvrir une réelle perspective :

« Aujourd’hui il est possible d’utiliser le Web Internet pour dépasser l’écart entre l’information brute et l’information formalisée. Il est en effet possible de relier le poste de travail singulier à des archives dans lesquelles tous les hommes du monde aient la possibilité d’échanger des informations sur la façon de travailler qui, dans leur pays, augmente le nombre de maladies dues au milieu de travail ou au contraire les élimine.

Ceci dépend de la capacité à construire un instrument de communication, que nous voudrions proposer sous forme de mappemonde brute. Un rapport entre producteurs, donc aussi entre constructeurs du monde, pour éviter les risques déjà connus et en éviter de nouveaux, par la création d’un environnement qui soit un système capable de s’autoréguler, afin de garantir donc un développement durable »
(Pr. Ivar Oddone).



*«Tout nous déterminait donc à recourir aux ouvriers. On s'est donné la peine d'aller dans leurs ateliers, de les interroger, d'écrire sous leur dictée, de développer leurs pensées, de converser avec ceux dont on avait obtenu des mémoires, et (précaution presque indispensable) de rectifier dans de longs et fréquents entretiens avec les uns, ce que d'autres avaient imparfaitement expliqué. Il nous a fallu exercer la fonction dont se glorifiait Socrate, la fonction pénible et délicate de faire accoucher les esprits, obsetrix animorum. »

(Denis Diderot, Prospectus de l'encyclopédie, 1751).