Quelques étapes significatives de 30 ans « d'actions-recherches », basées sur l’activation du binôme médecin / travailleur.

1978 : Eternit, les médecins découvrent les effets de l’amiante.

Les médecins généralistes de Port-de-Bouc découvrent que, s'il y a des « ouvriers ignorants » qu'il faudrait « sensibiliser » aux risques que connaît le médecin, il y a aussi des « médecins ignorants » qu'il faudrait sensibiliser aux risques que connaissent les ouvriers. A la demande de syndicalistes d’Eternit, ils réalisent cette première recherche sous la direction du Pr. Boutin : elle leur fait découvrir l’impact de l’amiante sur la santé dans une usine d’amiante-ciment.

1986 : Port-de-Bouc, les cartes brutes de risque.

Le réseau informel de médecins et d’ouvriers mutualistes qui s’est constitué à partir de 1976 autour de la découverte de la « Dispensa » italienne (Pr. Oddone), produit des informations qu’il faut désormais sélectionner, mémoriser, gérer. Un premier recueil de cartes brutes de risques est réalisé. Les discussions entre les syndicalistes et les médecins sur la façon de "faire le médecin" se multiplient : surdités, silicoses, asbestoses, cancers causés par le milieu de travail commencent à devenir « visibles ».

1997 : Martigues, le « Panneau Communal des Risques ».

Les cas imputables au milieu de travail identifiés par une dizaine de généralistes selon les procédures informatisées du « SIC » (fiche de synthèse), représentent désormais la moitié des déclarations de maladies professionnelles du bassin, l’autre moitié revenant à la médecine du travail, à l’hôpital et aux 135 autres praticiens. L’unité d’information élémentaire de la carte des risques est devenue le poste de travail. Le but affiché : utiliser chaque cas reconnu, indemnisé, pour assainir le milieu de travail.

2004 : Une mémoire cumulative « en réseau » et « en ligne ».

La constitution de l’APCME a permis d’intégrer un plus grand nombre de généralistes au réseau SIC. Il est alors nécessaire de construire un instrument mieux adapté à la création d'un véritable réseau d'échanges permanents, guidés, mis en mémoire dans une forme utilisable par tous : c’est la naissance de la galerie des cas. Cette approche permet notamment d’objectiver les écarts qui apparaissent entre la réalité des maladies imputables au milieu de travail et les données formalisées (CNAM) quand les médecins utilisent l’expérience de ceux qui travaillent.

2007 : L’expertise de Mme Cassisi.

Après le décès de son mari, emporté à 56 ans par un cancer, elle va construire son propre plan de recherche, récupérer les connaissances du poste de travail d’un collègue de travail, les confronter aux données scientifiques désormais accessibles sur le Web Internet, pour reconstruire, seule, sans aucune autre « logistique » que sa volonté, le scénario qui a conduit à transformer le risque en atteinte. Elle démontre, en actes, la productivité des « recherches vivantes », non figées, dans un contexte où le Web Internet peut favoriser une certaine « socialisation des connaissances ».

2009 : Les enquête de CHSCT dans le « Rapport Cancers ».

Le rapport de 2009 sur les cancers met en évidence la persistance des mêmes maladies aux mêmes postes de travail : il n’y a pas de réel assainissement après indemnisation. En clair : la reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie n’impose pas de vérifier si les postes de travail « touchés » par les victimes ont été assainis. Mais, pour la première fois, ce rapport est accompagné d’enquêtes de CHSCT visant à identifier les éléments d’interventions correctives qu’il faudrait introduire. Obligatoire depuis 1983, l’enquête du CHSCT pour déclaration de maladie professionnelle n’était, auparavant, presque jamais réalisée.